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Prix de vente••7 min de lecture•Par

Inflation 2026 : faut-il remonter vos prix, et de combien exactement ?

Beaucoup ont figé leur carte pendant l'accalmie de 2026. Mais l'inflation alimentaire menace de repartir, et un coefficient qui glisse de 3,5 à 3,2 coûte 17 500 € de marge par an. Quand remonter vos prix, de combien, et à quelle cadence.

Depuis 2021, les matières premières du restaurateur ont pris +22,3 % (INSEE). Après le pic, 2026 a offert une accalmie : l'inflation alimentaire est retombée autour de 1 % sur un an au début d'année, et beaucoup en ont profité pour figer leur carte, soulagés. Mauvais calcul. Les tensions géopolitiques de l'automne font de nouveau monter l'énergie et plusieurs filières, et la restauration rapide affiche déjà +3,8 % sur douze mois. La question n'est plus « l'inflation va-t-elle repartir », mais « ma carte est-elle calibrée pour l'encaisser ».

Remonter ses prix fait peur : on redoute de faire fuir le client. Mais laisser filer, c'est regarder sa marge brute restaurant fondre en silence, sans qu'aucune décision n'ait été prise. Entre la panique et la résignation, il existe une méthode chiffrée : mesurer la dérive réelle de votre coefficient, fixer un seuil de déclenchement, puis répercuter par paliers. Voici quand remonter, et de combien exactement.

Mesurer la dérive avant de toucher au moindre prix

On ne remonte pas un prix « parce que tout augmente ». On le remonte parce qu'un chiffre précis a bougé : le coefficient multiplicateur réel de chaque fiche. Tant que ce chiffre n'est pas posé, toute hausse est au doigt mouillé.

Le coefficient réel, pas celui du jour de l'ouverture

Coefficient réel = Prix de vente HT ÷ Coût matière à jour de la portion
Food cost réel (%) = Coût matière à jour ÷ Prix de vente HT
Exemple : un magret facturé 28,00 € HT, dont le coût matière est passé de 8,00 € à 8,72 € (+9 %). Coefficient réel = 28,00 ÷ 8,72 = 3,21 (contre 3,5 visé), soit un food cost de 31,1 % au lieu de 28,6 %.

Ce calcul suppose un coût matière à jour, donc une fiche technique cuisine reliée à des prix d'achat récents. C'est là que la plupart décrochent : la fiche date de l'ouverture, le prix du canard a bougé trois fois depuis. Sans veille sur la mercuriale (les tarifs fournisseurs), la dérive reste invisible jusqu'au bilan. Un outil qui lit chaque facture, recalcule le coefficient réel et signale le plat dès qu'il passe sous la cible transforme ce suivi en réflexe, et propose directement le prix qui restaure la marge.

Le seuil qui déclenche une révision

Réajuster chaque centime chaque semaine est ingérable et illisible pour le client. Un seuil transforme une angoisse permanente en décision trimestrielle.

Dérive observée sur le coefficientDécision
Perte < 0,15 pt (food cost +1 pt)Surveiller, pas d'action
Perte 0,15 – 0,30 pt (food cost +1 à 2 pts)Réviser les fiches les plus vendues
Perte > 0,30 pt (food cost > +2 pts)Révision de carte, par paliers

Le seuil évite les deux travers : la sur-réaction qui épuise la clientèle et l'inaction qui ronge le résultat. Il s'applique fiche par fiche, pas en moyenne.

La cadence : des paliers, pas un choc annuel

Deux restaurateurs encaissent la même hausse de 9 %. Le premier attend la fin de l'année et applique +9 % d'un coup : le client le voit, le commente, le ticket moyen décroche. Le second révise chaque trimestre par paliers de 2 à 3 %, calés sur la mercuriale : la hausse passe inaperçue, noyée dans les ajustements habituels. La psychologie du prix pèse autant que l'arithmétique.

De combien remonter : la formule

Nouveau prix de vente HT = Coût matière à jour × Coefficient cible
ou Nouveau prix = Coût matière à jour ÷ Food cost cible
Exemple : pour restaurer le coefficient 3,5 sur le magret à 8,72 € : 8,72 × 3,5 = 30,52 € HT, soit +2,52 € (+9 %). Lissable : +1,30 € maintenant, +1,22 € au trimestre suivant.

La règle est stricte : on ne répercute pas « l'inflation moyenne », on répercute la hausse réelle de chaque fiche. Un plat dont le coût matière n'a pas bougé ne doit pas augmenter ; un plat qui a pris 12 % doit prendre 12 %. Augmenter tout uniformément pénalise vos plats stables et sous-corrige vos plats sensibles. C'est aussi l'occasion d'arbitrer : certains plats se remontent, d'autres se repositionnent, comme le montre l'ingénierie du menu.

L'impact sur le résultat net

Chiffrons sur notre restaurant de référence : 700 000 € de CA HT, food cost cible 28,6 % (coefficient 3,5), soit 200 000 € de coût matière. Une hausse de 9 % des matières, non répercutée, porte ce coût à 218 000 € et fait glisser le food cost réel à 31,1 %.

IndicateurCarte figée 12 moisCarte révisée par paliers
Coût matière (après +9 %)218 000 €218 000 €
Food cost réel31,1 %28,6 % (tenu)
Points de marge perdus−2,5 pts0
Marge matière préservée / anréférence+17 500 €

Laisser la carte figée douze mois pendant que les matières prennent 9 %, c'est 17 500 € de marge qui s'évaporent sur l'exercice (2,5 points de food cost sur 700 000 €). Rapporté au rythme, chaque trimestre de retard coûte environ 4 400 €. Sur un résultat net de 40 000 €, une année d'inaction ampute le bénéfice de près de 44 %, sans qu'un seul client soit parti.

Le prix que vous n'osez pas remonter de 3 %, c'est la marge que vous offrez à l'inflation.

La rentabilité restauration se défend par la vitesse de réaction, pas par la résignation : surveiller la mercuriale, recalculer le coefficient réel, fixer un seuil, répercuter par paliers trimestriels fiche par fiche. Une gestion des stocks et des achats anticipée (grouper les commandes avant une hausse annoncée, sécuriser les prix) complète le dispositif. Et tout part d'un calcul food cost à jour : c'est le socle de la décision, pas un reporting de fin d'année. Pour les mécaniques de fond, voir aussi notre article sur l'érosion silencieuse du coefficient.

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